
Écrire sur un événement en cours est un exercice difficile parce qu’il n’est pas du tout évident de prédire la succession des événements et surtout de prévoir la fin, même si l’auteur reste le maître de son œuvre et a donc le loisir de donner le cours qu’il veut aux péripéties et faire dire et penser ce qu’il souhaite à ses personnages. Néanmoins, cet exercice présente des avantages indéniables, notamment l’abondance des faits dont il peut s’inspirer.
Le piège auquel il s’expose, c’est évidemment de se contenter de relater la réalité dans ce qu’elle a de plus abrupte tel que le ferait un journaliste ou un pamphlétaire. Il faut donner une âme à la fiction en surprenant le lecteur, en le faisant rêver et en le mettant face à la complexité des choses et non en essayant de le brider de telle sorte à lui imposer un seul angle de vue ou carrément d’essayer de baliser les voies pour l’emmener vers la destination qu’on veut. On se doit de trouver des personnages crédibles, capables de porter les drames, mais aussi les joies et les espérances de leurs contemporains. Il n’est pas facile de montrer la complexité des rapports humains et d’éviter un mimétisme aride. Pour ce qui est de la forme, il est important de veiller à ce qu’elle soit un peu le reflet des dynamiques qui traversent la l’univers du roman, des rapports de force qui se créent et des relations humaines qui évoluent.
C’est à cet exercice que je me suis livré en écrivant mon roman L’AUBE DES DAMNÉS, une fiction qui s’inspire des événements tragiques qui broient la bande de Gaza depuis des mois.
Aujourd’hui, l’information est accessible à tous, notamment grâce aux réseaux sociaux si bien que tout le monde a déjà entendu parler de cette guerre. Toutefois, le commentaire journalistique ou celui dit des experts est loin d’une certaine objectivité dont ils sont tenus de faire preuve. Ce qui fait que certains faits sont abondamment mis de l’avant et commentés au détriment d’autres qui sont réduits à une portion congrue.
Le choix des personnages :
Dans ce cas de la guerre à Gaza, tout le monde ou presque est logé à la même enseigne. Les bombardements sont étendus à toute la bande. Des familles entières sont décimées et des contingents d’orphelins emplissent les rues. C’est parmi ces damnés qu’il convient de choisir les personnages en leur donnant un destin, en leur octroyant un vécu, des histoires, mais aussi des rêves. En d’autres termes, les humaniser, une caractéristique que beaucoup tentent de leur dénier en s’employant à les montrer comme des monstres froids, voire même comme des animaux. Anouar, puis Hassan ont surgi de mon imagination malgré moi. Anouar et ce qui reste de sa famille, sa mère et son père en l’occurrence, sont l’expression de ce chaos qui menaçait la région. L’errance en quête d’un lieu où s’abriter, boire et manger est devenue le quotidien de tout le monde. Au cours de son périple à travers les quartiers de la ville éventrée et méconnaissable, Anouar vit une situation étrange. En effet, il avait senti les vibrations de la terre secouer son corps et une voix qui affirmait être sa terre lui demander de veiller sur elle en contrepartie de quoi elle lui garantirait une certaine protection. Cet évènement a conféré à ce personnage une dimension et un destin particuliers. Il est une sorte de miraculé sur qui reposait le destin de son pays. De ce fait, je lui donne un rôle central et fais de lui le personnage principal. Il faut dire qu’avant de parler à sa terre, il avait échappé à la mort à deux reprises. La première fois, on ignore le contexte exact, alors que dans la seconde, on le voit sortir des décombres, à l’aube naissante alors que le reste de la famille était enseveli sous le décombres de l’immeuble où elle avait trouvé refuge.
C’est au cours de l’une de leurs virées dans les quartiers et les places de la ville en quête de nourriture et d’un refuge pour leur survie qu’Anouar et Hassan croisent le chemin de deux adultes qui va les bouleverser et donner une autre trajectoire à leur vie. Il s’agit de Marwan et Saïd, deux hommes bien ancrés dans leur société et engagés depuis longtemps dans le combat pour l’émancipation de leur peuple. Sans oublier Houda, l’épouse de Marwan. Une femme au grand cœur qui a pris sous son aile Anouar et Hassan quand Marwan les a recueillis. Elle aussi est engagée dans la lutte contre l’oppression.
Par ailleurs, il y a plusieurs autres personnages dont les rôles sont secondaires, mais qui permettent de rendre compte de bien des situations qui renseignent sur l’ampleur de la tragédie et ses conséquences concrètes sur les populations civiles.
Par Mohamed ARROUDJ
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