
L’édition augmentée de mon recueil de nouvelles fantastiques Histoires étranges, qui vient de paraître, comporte les cinq textes de l’édition initiale : La main morte, Un moulin étrange, Un village maudit, Un jeu macabre et Une nuit d’horreur, profondément remaniés afin de leur donner davantage de force, de rythme et d’intensité, ainsi qu’une nouvelle inédite, intitulée La résurgence du passé, qui apporte une plus-value certaine au recueil.
Chacune de ces nouvelles a son petit parcours et sa petite histoire.
La main morte est née d’histoires que j’ai entendues dans mon village, depuis ma tendre enfance jusque bien des années plus tard, lorsque je rentrais au village. On raconte que des femmes qui pratiquaient la sorcellerie déterraient parfois un cadavre fraîchement mis en terre et roulaient, avec sa main, des grains de couscous. Des grains de couscous qu’on ferait manger à un homme pour détruire sa vie. Je suis parti de cette bribe et j’ai imaginé toutes les péripéties de cette histoire, il y a une dizaine d’années. Je la faisais lire à mes élèves qui avaient dévoré tous les livres qui se trouvaient dans ma bibliothèque de classe.
Un moulin étrange est né d’un lieu qui a réellement existé dans mon village. Je m’y rendais souvent, parfois avec mes cousins, plus âgés que moi, et d’autres fois avec ma grande sœur. Des gens venaient dans ce lieu vivant pour passer du temps. Ils discutaient de tout, et j’aimais particulièrement lorsqu’ils parlaient de chansons et surtout lorsqu’ils poussaient la chansonnette. Cela me fascinait.
Ce lieu était isolé et cultivait un certain mystère. Depuis que j’ai commencé à écrire des nouvelles fantastiques, il s’invite de façon récurrente dans mon imagination comme le théâtre d’événements surnaturels. Je me suis aussi souvenu de moments intrigants vécus à la tombée de la nuit.
Un village maudit est tout droit sorti de mon imagination, même si le bout de l’histoire concernant l’apparition mystérieuse de la monture et sa volatilisation tout aussi mystérieuse, je l’ai emprunté à ma mémoire.
Là aussi, c’est un souvenir de discussions sur le sentier tortueux que nous empruntions pour aller à l’école ou à la plage, un raidillon qui nous obligeait à faire des pauses régulières pour reprendre notre souffle. On y entendait des histoires insolites. On disait d’un vieux du village qui vivait seul qu’il s’était marié avec un fantôme et qu’il avait même eu des enfants avec elle.
Un jour, j’ai entendu raconter que quelqu’un avait emprunté ce sentier escarpé complètement ivre. Sur son chemin, il était tombé sur une monture qu’il avait vite enfourchée pour gravir la partie la plus difficile du sentier. À l’orée du village, celle-ci avait subitement disparu et l’homme s’était retrouvé sur ses pieds, ébahi.
Cette histoire a mûri dans ma tête pendant des années avant de trouver une place dans un fichier sur mon ordinateur. J’avoue que j’ai vraiment eu du plaisir à la mettre en forme. Un moment, j’ai même voulu en faire un roman. Et je n’ai pas abandonné le projet.
Un jeu macabre part de deux bribes d’histoires que j’ai entendues dans mon enfance au village. D’abord, l’histoire de cet homme qui avait accepté de planter une barre de fer au cimetière pour montrer que rien ne lui faisait peur. Je me rappelle la nuit où on me l’a racontée. Nous étions un groupe de jeunes qui veillions au bord du cimetière. J’avoue que, cette nuit-là, je n’ai pas eu le sommeil facile.
Le jeu avec le cercueil a existé lui aussi. Des jeunes du village, un peu excentriques, ont joué à ça. À partir de ces deux histoires qui viennent de mon enfance, j’ai réussi à construire une histoire riche et complexe.
Une nuit d’horreur est la seule nouvelle qui ne renvoie pas à mon univers d’enfance. L’histoire se déroule dans un lieu qui s’apparente à un quartier de Laval ou de Montréal. Cette histoire a pris forme lorsque j’enseignais le fantastique à mes élèves. Quand je travaillais le schéma narratif, j’inventais des bouts d’histoires pour que les élèves parviennent à identifier les différentes parties du texte fantastique.
La résurgence du passé, la nouvelle inédite, est tout droit sortie de mon imagination, même si l’espace de la narration est commun à la majorité des nouvelles : le lieu où je suis né et où j’ai grandi. Deux cimetières, situés sur deux cols qui se font face.
Une vieille histoire d’amour, qui marqua tout le village et même la région près d’un siècle et demi auparavant, resurgit l’espace d’un soir lorsqu’Amer traverse le cimetière pour aller chercher de l’eau à la fontaine située à l’autre bout. Accompagné de son âne et de son chien, il est surpris par une tempête soudaine qui transforme le cimetière en théâtre d’ombres. Des éclairs mettent alors en évidence une tombe, celle du couple d’amoureux.
Il s’ensuit une série d’événements insolites qui vont profondément marquer Amer, notamment l’apparition ex nihilo d’un livre qui bouleversera sa vie.