Écrire la vie au bord de l’abîme

Quand le dérèglement climatique devient matière romanesque

Au début de l’été, j’ai achevé l’écriture de mon roman Le Ventre d’Alger, aujourd’hui en attente de publication aux Éditions Aurora. J’ai aussitôt entamé la rédaction d’un roman d’anticipation sur le changement climatique.

J’ai mené ce travail en parallèle de la réécriture et de l’enrichissement de mon recueil de nouvelles fantastiques Histoires étranges, que je viens de rééditer, ainsi que de la publication de nouvelles, pendant l’été, sur mon site internet et sur les réseaux sociaux.

Ce qui m’a donné l’idée d’écrire un roman sur le réchauffement climatique, ce sont d’abord les phénomènes météorologiques dévastateurs auxquels nous assistons de plus en plus souvent. Les épisodes caniculaires deviennent plus extrêmes, plus fréquents et plus longs, provoquant des incendies destructeurs et parfois mortels. La sécheresse précarise les populations qui vivent du travail agricole, tandis que le stress hydrique devient une réalité pour un nombre croissant de régions du monde.

À cela s’ajoutent des phénomènes météorologiques violents — cyclones, typhons, tornades — dont les conséquences peuvent être dramatiques. Or, les États ne se sont pas toujours suffisamment préparés à affronter des phénomènes d’une telle ampleur. Lorsqu’ils surviennent, les moyens de prévention et d’intervention peuvent se révéler insuffisants, avec des bilans humains et matériels effrayants.

C’est de ces constats qu’est née peu à peu l’idée de mon roman.

J’ai imaginé une contrée dont la population vit essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. Une sécheresse qui dure depuis plusieurs mois bouleverse son équilibre et plonge progressivement une partie de ses habitants dans la misère. L’eau devient une ressource rare et précieuse. Sa raréfaction fait naître des tensions et des conflits entre les communautés.

Mais face à l’épreuve, des hommes et des femmes refusent de subir. Ils décident de s’organiser et de mettre en place une solidarité collective. Juste, Brave, Joie et bien d’autres prennent les choses en main. Il faut rationner l’eau, réduire les cheptels et prendre des décisions de plus en plus difficiles pour tenter de préserver la communauté.

Lorsque les conditions de vie deviennent extrêmes, cependant, la nécessité de survivre finit par se heurter aux aspirations et aux libertés individuelles. Certaines décisions provoquent alors la contestation et la révolte.

Je ne veux pas dévoiler ici davantage l’intrigue. Ce qui m’intéresse dans ce roman, c’est précisément d’observer ce que deviennent les rapports humains lorsque toute une société se trouve au bord de l’abîme.

La catastrophe peut faire naître la solidarité, le courage et l’entraide. Mais elle peut également révéler d’autres comportements. Certains cherchent à tirer profit du désordre et de la détresse des autres. Les intérêts particuliers se heurtent alors à la nécessité de préserver la collectivité.

À travers cette histoire, je veux aussi interroger la responsabilité de l’homme dans la fragilisation de la nature. En s’attaquant à la biodiversité et en polluant son environnement, il détruit progressivement des équilibres dont dépend pourtant sa propre existence. La crise climatique ne peut donc pas être séparée de notre rapport à la nature et de la manière dont nous exploitons ses ressources.

Pourquoi avoir choisi le roman pour parler de tout cela plutôt qu’un essai ?

Parce que je pense que la fiction, à travers des scènes de vie réalistes et des personnages qui agissent, parlent, souffrent, s’opposent ou s’entraident au sein d’une population, possède une puissance particulière. Elle donne à voir la réalité dans toute sa complexité.

Dans un roman, le lecteur ne se contente pas de prendre connaissance d’un phénomène. Il entre dans la vie de ceux qui le subissent. Il partage leurs peurs, leurs conflits, leurs espoirs et les choix parfois terribles auxquels ils sont confrontés.

Les chiffres et les analyses sont indispensables pour comprendre le changement climatique. La fiction peut, elle, nous permettre de le vivre à hauteur d’homme.

C’est ce que je cherche à faire avec ce roman encore en cours d’écriture : mettre en scène des femmes et des hommes confrontés à des conditions extrêmes et montrer, à travers leurs actes, leurs paroles, leurs conflits et leurs émotions, ce que pourrait être la vie au bord de l’abîme.

Mohamed Arroudj

 

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