Le village maudit

Avec Un village maudit, je vous invite à entrer dans un univers où les souvenirs, les légendes et l’étrange se confondent. Akli a fui son village après avoir été témoin d’un phénomène que personne ne voulait croire. Quarante ans plus tard, il décide d’y retourner. Mais certains lieux n’oublient jamais ceux qui les ont quittés…

Bonne lecture.

Akli était un jeune garçon ordinaire qui vivait dans un village montagneux où nombreux étaient ceux qui excellaient dans l’art de conter des histoires. Dans chacune des chaumières qui constituaient ce village, on trouvait un homme ou une femme qui détenait ce savoir ancestral et maîtrisait à la perfection l’art du récit, animant ainsi les ternes soirées hivernales.

Akli était très attentif et retenait tout ce qu’il entendait. Les jeunes de son âge et même les plus âgés que lui adoraient sa compagnie et lorsqu’ils s’ennuyaient, ils le sollicitaient pour s’évader dans un univers imaginaire meublé d’histoires étranges. Tout jeune, il accompagnait régulièrement son père sur les marchés de sa région où des conteurs et autres poètes venaient déclamer leurs vers ou raconter les légendes tout droit sorties de leur intarissable imagination. Akli était là, immobile, absorbant ces flots ininterrompus de paroles qui déferlaient sur lui. C’est dans cet univers qu’il avait grandi. Il lui arrivait souvent de s’asseoir à l’ombre d’un figuier ou d’un olivier et de se raconter des histoires en contemplant la mer pendant des heures. 

Tout le monde l’admirait pour son talent d’orateur jusqu’au jour où il vit, alors qu’il était assis dans la cour de leur maison, à la tombée de la nuit, des étincelles sortir du sommet de la montagne qui lui faisait face. Lorsqu’il courut informer sa famille de ce qu’il venait de voir, on lui demanda d’arrêter de raconter des histoires. Qu’on ne le crût pas l’attristât au plus haut point. Pourtant, son récit ne laissa pas tout  le monde indifférent. Quelques anciens échangèrent des  regards inquiets. On observa la montagne pendant de longues semaines, mais nul ne vit la moindre étincelle se manifester. On déduisit alors que le garçon était victime de sa propre et débordante imagination. Akli était certain de ce qu’il avait vu, mais ne parla plus jamais de cela. Il se renseigna sur les évènements qui suivirent l’apparition des étincelles par le passé et ce qu’il découvrit le bouleversa. Il décida ainsi de quitter ce coin maudit dès qu’il serait en âge de le faire. Il vécut plusieurs années avec cette angoisse envahissante et pour décompresser, il se mettait sous un olivier ou un figuier et parlait à la mer.

 Quelque temps après son dix-huitième printemps, il quitta le village qu’il avait fini par exécrer, sans en informer personne à l’exception de sa sœur, à qui il était très attaché. Il s’installa dans une ville bien loin de chez lui où il vécut quelques années. Il réalisa son rêve de toujours : il apprit à lire et à écrire. Il occupa plusieurs emplois, tous précaires et sous-payés.  Il fut agent d’entretien, puis plongeur dans un restaurant populaire, et, depuis qu’il savait lire et écrire, il put décrocher un emploi stable  à la réception d’un hôtel. Ce nouvel emploi, Akli le trouva intéressant, car il lui permit d’améliorer sa qualité de vie, mais depuis que des clients vinrent le voir pour lui signaler que des bruits bizarres se produisaient dans leurs chambres, des souvenirs enfouis dans les profondeurs de sa mémoire refirent surface.

Un soir d’hiver, alors qu’il s’affairait à mettre de l’ordre dans ses fiches avant de fermer la réception, la porte de l’hôtel s’ouvrit brusquement et bruyamment. Il se redressa, le regard rivé sur la porte, prêt à accueillir un client retardataire. Il se figea lorsqu’il ne vit personne entrer, mais c’est quand il sentit quelque chose l’effleurer qu’il perdit son sang-froid. Il sursauta d’abord, avant de lancer un cri affreux qui arracha les clients de l’hôtel de leur sommeil. On accourut de toutes les chambres pour s’enquérir de la situation. Ce qu’Akli leur raconta ne fit que confirmer les inquiétudes des clients réguliers, mais désarçonna ceux qui étaient là pour la première fois. La scène se répéta un peu plus tard dans la nuit. Akli quitta son poste et erra le reste de la nuit dans les rues de la ville en attendant que le jour se lève.

Il prit place dans le premier café ouvert et commanda, l’une après l’autre, trois tasses de café qu’il ingurgita en quelques lampées pour chasser le manque de sommeil qui l’empêchait de réfléchir. Dans sa tête, de nombreuses idées naissaient et s’évanouissaient, mais une en particulier revenait avec insistance : quitter la ville. Celle-ci s’imposa vite à lui, mais il ne savait pas où aller. Un instant, l’idée de rentrer au bercail lui effleura l’esprit, mais des souvenirs se bousculèrent dans sa tête et refroidirent vite ses ardeurs. Il quitta le café quelque peu revigoré par les trois tasses avalées et longea le boulevard qui surplombait la mer. Il s’arrêta soudainement lorsqu’il vit un bateau de voyageurs accoster dans le port. Longtemps, il resta là à le regarder. Quelques instants plus tard, son agitation s’estampa. Il venait de prendre la décision définitive de quitter son pays pour aller de l’autre côté de la mer par le navire qui venait de rentrer dans la rade du port de la ville qu’il s’apprêtait à fuir.

Une fois arrivé sur l’autre rive, il décida de mettre un trait sur sa vie antérieure. Même lorsque, contre son plein gré, il se rappelait certains moments de sa vie ancienne, il s’empressait de les chasser de son esprit. Au fil des années, il parvint presque à se départir de son passé. Il vécut ainsi près d’une quarantaine d’années complètement coupé des siens et de sa terre.

Une nuit, alors qu’il dormait, une avalanche de souvenirs déferla sur lui. Il vit dans son rêve ses parents en train de le chercher. Il parla à sa sœur comme il le faisait jadis. Il revit les étincelles, d’abord comme elles lui étaient apparues la première fois, puis prenant de l’ampleur et s’approchant des maisons avant de se transformer  en un immense brasier. Il vit le feu encercler leur maison et aperçut sa sœur se débattre telle une forcenée pour fuir le brasier. Il était debout devant leur bâtisse en feu. Sa sœur l’appela et tendit les bras vers lui. Elle cria à tue-tête son nom à trois reprises. Il tenta de la rejoindre, mais ses jambes restèrent inertes. Il hurla de toutes ses forces et se réveilla en sursaut, le corps en sueur. Il pensa à la mer, car c’est à elle qu’il racontait ses cauchemars comme sa grand-mère le lui avait appris. Elle lui disait toujours de raconter ses cauchemars à cette immense étendue d’eau, seule capable d’engloutir leurs malheurs. Les souvenirs de son enfance lui revinrent et il les laissa débouler sur lui sans y opposer la moindre résistance comme il le faisait autrefois. Des effluves de figues fraîches et de brise iodée venus du passé lointain emplissaient ses narines et gonflaient sa poitrine. Serein, il se rendormit et ne se réveilla qu’au milieu de la matinée. Une certitude s’imposa alors à lui : il retournerait sur sa terre natale. Il ignorait ce qu’étaient devenus son village et les siens. Deux jours plus tard, après quarante ans d’exil volontaire, il était sur un bateau. Il se rassurait en imaginant son village débarrassé de son passé tourmenté.

Après une traversée sur une mer particulièrement démontée, il débarqua dans la capitale, ragaillardi par le soleil éclatant et cette lumière intense qui lui avaient tant manqué. Il porta sa valise sur l’épaule et se dirigea vers la gare ferroviaire pour prendre le train vers sa région natale. Il dut marquer plusieurs haltes avant de parvenir à la gare tant le trajet était long et sa valise lourde. Quand il arriva enfin, le train était sur le départ. Il embarqua vite et trouva, dans un wagon comble et bruyant, l’un des rares sièges encore libres. En route, le temps s’était dégradé et il pleuvait par intermittence. Une brume épaisse réduisait la visibilité, privant les passagers du spectacle des paysages luxuriants qui bordaient la voie.   Plus le train approchait de sa destination, plus Akli devenait fébrile. À travers la brume apparaissaient par intermittence les champs d’oliviers à perte de vue et les figuiers qui retrouvaient leurs plus beaux atours avec l’arrivée du printemps. Le trajet lui parut interminable. La nuit commençait à envelopper de son voile lugubre les paysages désormais à peine perceptibles.

— Comment me rendre jusqu’à mon village perché en haut de la montagne en pleine nuit ? s’interrogea-t-il.

Il se consolait en se disant que les choses avaient peut-être changé depuis qu’il avait quitté sa région.

Les derniers passagers du train débarquèrent au terminus et voilà Akli, la valise à la main, marchant à grands pas dans le but de trouver un taxi pour le rapprocher de son village dont il ignorait tout depuis qu’il l’avait quitté il y a des dizaines d’années.

De loin, il aperçut quatre taxis garés sous de grands platanes. Les voir là rassura Akli. Malheureusement, son soulagement fut de courte durée. Il s’approcha du premier véhicule ; le chauffeur baissa la vitre et l’accueillit avec  un sourire  avenant. Après un bref échange de salutations, il passa à l’essentiel.

— Où allez-vous, monsieur, s’il vous plaît ?

Akli eut quelques secondes d’hésitation avant de prononcer le nom de son village. Puis, comme pour se convaincre lui-même, il le répéta trois fois. Le visage du chauffeur se crispa aussitôt. Il ferma vite la vitre de sa voiture et démarra sur les chapeaux de roue. Le second qui écoutait le bref échange monta aussi vite qu’il put dans son véhicule et quitta les lieux. Décontenancé, Akli resta là, figé. La voix d’un autre chauffeur le tira de sa stupeur.  

— Je peux vous rapprocher de votre village. Je vous dépose sur la route nationale et vous grimperez par le chemin qui traverse les champs et les forêts pour vous rendre chez vous.

L’évocation de ce sentier fit dresser les cheveux d’Akli. Le conducteur le regarda furtivement, puis reporta aussitôt les yeux sur la route. Un silence étrange s’installa dans le véhicule.

Plus tard, le chauffeur parla de la mer.

— Ah ! La mer. Oui, j’adore la mer, elle me  rassure. Quand j’étais enfant, je passais des heures  à la contempler. Elle me réconciliait avec moi-même et apaisait mes angoisses. 

Il se tut un moment et tendit l’oreille. Le bruit familier des vagues qui s’écrasaient sur le rivage lui parvint. La mer n’était qu’à quelques mètres. Il exultait.

Soudain, le véhicule ralentit et s’arrêta sur le bord de la route.

— Chassez les idées noires de votre tête, pensez à la mer et tout ira bien, dit le chauffeur, avant d’accélérer comme s’il fuyait les lieux.

Akli avait une bonne heure de marche devant lui. Il devait emprunter ce chemin qui traversait les champs et la forêt. Il prit son courage à deux mains, stabilisa la valise sur l’épaule droite et se lança à l’assaut de cette montée périlleuse. Le tumulte des vagues capta toute son attention. Il s’interdit de penser à autre chose. Gravir ce sentier sans rien dans ses mains était déjà éprouvant ; le faire avec une valise sur l’épaule relevait vraiment de l’exploit. Akli était à présent à mi-chemin. Hormis quelques frayeurs engendrées par des face-à-face abrupts avec des animaux sauvages, rien de particulier ne vint entraver son chemin. En traversant une petite clairière, alors qu’il était épuisé, il décida de faire une halte. Il s’allongea sur l’herbe fraîche, se servit de sa valise comme oreiller et  contempla l’étendue de la voûte céleste où scintillaient des milliers d’étoiles telles des perles de lumière. Exténué par son long périple, il s’endormit dans la nature.  Soudain, un bruit étrange le réveilla en sursaut. Un braiement ? Un âne ? Un mulet ?  Les yeux écarquillés, il fixa la silhouette qui se tenait devant lui. Il s’approcha d’elle avec précaution et l’animal se montra particulièrement docile. Akli pensa que la bête avait dû échapper à son propriétaire et qu’elle était venue dans ce lieu où l’eau et l’herbe abondaient.

— Quelle agréable surprise ! Un cadeau  du ciel pour m’aider à grimper jusqu’à mon  village, se dit-il.

Akli sauta sur le dos de l’animal, fixa sa valise à la selle  et reprit sa route pour retrouver le village qu’il avait quitté il y a près de quarante ans. Au fur et à mesure qu’il s’approchait de sa destination, il imaginait ce qu’avait pu devenir son village après tant d’années. Alors qu’il était absorbé par ses souvenirs, il se retrouva subitement debout sur ses deux pieds, sa valise à côté de lui. La bête, elle, avait disparu dans la nuit noire. Ses cheveux se hérissèrent et son cœur se mit à battre la chamade. L’obscurité était désormais totale. La lune, qui éclairait jusque-là les lieux, était maintenant complètement masquée par d’épais nuages.  Soudain, il entendit des bruits non loin de l’endroit où il se trouvait. Il se saisit de sa valise et s’empressa de fuir les lieux. Le mouvement des nuées dans le ciel permit à la lune d’illuminer de nouveau les lieux.

Akli put alors se situer et poursuivre son itinéraire vers la demeure familiale. Il ne croisa personne et n’entendit aucun bruit, pas même les jappements de chiens. Il est vrai qu’il était presque minuit et que, dans le village, les gens avaient tendance à se coucher tôt.

Akli arriva enfin chez lui. C’était une vieille dame qui vint lui ouvrir la porte. Ils restèrent un moment à se regarder, chacun essayant de déceler dans le visage de l’autre les traits et les indices qui lui permettraient de l’identifier. Ils finirent par se reconnaître. Ils s’enlacèrent et échangèrent quelques mots avant de rejoindre la salle de séjour. La maison était dans un bon état et soigneusement entretenue.

— Je t’attendais, dit-elle à son frère.

Elle avait préparé un souper pour eux deux. Akli et sa sœur mangèrent et discutèrent pendant une partie de la nuit. Après le souper, épuisé par son long voyage, Akli s’affala dans un fauteuil face au mur où étaient accrochés les portraits de ses parents. Il les fixa longuement. La flamme des bougies, qui avait faibli un instant, reprit soudain de la vigueur. Akli constata alors que ses parents lui souriaient. Il se redressa aussitôt et fixa encore une fois les deux portraits. Le sourire était toujours là, et cette fois, les portraits clignaient des yeux.

Akli ferma les yeux, puis les rouvrit. Les sourires étaient toujours là et les paupières continuaient de cligner. Inquiet, il regarda sa sœur comme s’il quémandait des explications. Celle-ci se contenta d’un léger sourire. Akli s’allongea sur un canapé pour ne plus faire face aux portraits. Il mit cette scène sur le compte de la fatigue et du manque de sommeil. Un peu plus tard, il s’en alla dormir dans la chambre qu’il occupait autrefois avec un de ses frères. Il sombra dans un sommeil profond dès que sa tête toucha l’oreiller.

Aux aurores, un bruit sourd l’arracha à son sommeil. Il regarda autour de lui et s’évanouit presque  lorsqu’il découvrit l’état de la chambre. Elle n’avait plus rien à voir avec celle dans laquelle il s’était endormi la veille. Il s’en alla voir sa sœur. La maison était vide.

— Suis-je en train de vivre un cauchemar ou en train de perdre la tête ? s’interrogea-t-il.

Il se dépêcha d’ouvrir la porte d’entrée pour tenter de voir clair. Le soleil commençait à éclairer ce village. Peut-on encore parler de village ? Partout où portait son regard, le spectacle qui s’offrait à lui était affligeant. Les toits des maisons  étaient effondrés et les buissons de ronces, de lentisques et d’autres plantes sauvages avaient presque fini de couvrir ce qui restait des bâtisses qui grouillaient autrefois de vie. Pendant un court instant, il entendit les cris de ses frères et sœurs comme autrefois quand ils jouaient dans la grande cour de la maison. Il promena son regard sur le village et finit par repérer un toit d’où sortait de la fumée. Il fouilla dans sa mémoire pour se rappeler le propriétaire de la bâtisse. Il finit par se souvenir : c’était la maison d’Ali. Au moment où il avait quitté le village, quarante ans plus tôt, Ali était déjà l’un des plus vieux hommes du village.

Il décida de s’y rendre. C’était un jeune homme qui lui ouvrit la porte. Après les salutations d’usage, Akli lui demanda :

— Est-ce que ton père est là ?

— Non, je vis seul avec mon arrière-grand-père Ali.

Akli tressaillit en entendant les paroles de son interlocuteur.

— Comment peut-il être encore en vie ? Il était déjà très vieux lorsque je suis parti, il y a quarante ans ! pensa-t-il.  

Le jeune homme l’invita à entrer et le conduisit jusqu’à son aïeul. Akli vacilla lorsque son regard croisa celui du patriarche. Quelque chose de ténébreux habitait son regard.

— Je savais que tu allais revenir, lui lança-t-il d’une voix d’outre-tombe. Je te remercie d’ailleurs de m’avoir ramené ma monture jusqu’à l’orée du village.

Le sang d’Akli se glaça. Il fit instinctivement un pas en arrière. Le vieillard invita Akli à s’asseoir. Celui-ci hésita un instant, puis s’exécuta.

— Tu as vu ta sœur la nuit dernière ?

Akli le fixa, interdit.

— Elle revient parfois.

— Elle aussi avait vu les étincelles. Personne ne voulait la croire. Puis il y eut le feu. Votre maison fut touchée. Ta sœur n’en réchappa pas.

Akli revit soudain le cauchemar qui l’avait poussé à revenir.

— Les tiens sont tous partis. Elle, elle est restée. Elle t’attendait.

— Et toi, oncle Ali ?

Le vieillard esquissa un sourire.

— Moi, je ne suis jamais parti.

Akli resta un moment sidéré, puis osa une dernière interrogation.

— Pourquoi le village a-t-il été déserté par ses habitants ?

— Parce qu’ils ont eu peur, fils d’Arezki. Certains sont partis. D’autres ont perdu la raison. D’autres encore sont morts.

Il se tut et son regard s’éteignit.

Lorsque le soleil inonda soudain l’endroit où il était assis, son visage blafard aux traits flétris apparut dans toute sa netteté. Ses prunelles ternes et vides fixaient Akli.

Un frisson parcourut le corps d’Akli.

 Il quitta rapidement la demeure et reprit le chemin de la maison familiale. Un silence pesant enveloppait le village. Il n’entendait que le bruit de ses pas et le bruissement du vent dans les arbres. Soudain, au détour d’une maison en ruine, Akli s’arrêta net. Devant lui se tenait le vieillard qu’il venait de quitter quelques instants plus tôt.

Celui-ci disparut aussi furtivement qu’il était apparu.

Akli se précipita vers la maison familiale pour récupérer sa valise.

La valise l’attendait à l’entrée de la maison.

Avant de partir, il décida de faire un tour dans le jardin qui longeait la maison. Le jardin qu’il avait connu autrefois, généreux en fruits et légumes, n’était plus qu’un enchevêtrement de plantes et d’arbustes sauvages où il était difficile de se frayer un passage. Il se détourna et écrasa une larme. L’envol soudain d’un corbeau le fit sursauter. Le ciel s’assombrit. Il prit le temps de contempler la mer.

               Sur la valise qui l’attendait, il découvrit un foulard ayant appartenu à sa mère. À l’intérieur étaient enveloppés des pétales de rose. Il en compta sept. Au moment de partir, il sentit quelque chose l’effleurer tendrement. Il s’éloigna du village d’un pas ferme, sans jamais se retourner.

Mohamed Arroudj

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